Leur rencontre fut lumineuse, l’amour ne se fit pas attendre. Las… Leur destin était tout tracé, et il n’était pas tendre. La vie de cour tient peu compte des inclinaisons personnelles. À quelque niveau que ce soit, les charges, les titres, les missions, les mariages, sont affaire de politique. Le soleil ne brilla que peu de temps sur la route de Gustave et Madeleine, et, surtout pour elle, le prix à payer de l’insubordination fut lourd. Tant de larmes ne méritaient pas qu’on les oublie. Hommage à l’auteur de nous les avoir fait connaître. (Édition annotée)
La conclusion de son mariage interrompit ces entretiens. Il mit alors une sorte d’affectation et de réserve dans sa manière d’être avec moi, qui me persuada d’abord que je ne lui étais pas indifférente, et j’en ressentis le plus vif plaisir. Ma raison en défaut ne me prescrivit que la nécessité de cacher ce sentiment, même à celui qui en était l’objet ; je crus que rien n’était plus facile. Vaine présomption d’une trop bonne opinion de soi-même ! Nos cœurs s’entendaient déjà, et un seul regard ne suffit-il pas pour dire ce que la bouche n’ose prononcer ?
Nos yeux furent d’abord les seuls interprètes de nos sentiments. Jusque-là, je m’étais amusée des hommages que l’on me rendait. À cette heure, ils me devenaient importuns. Insensible à la vanité de me voir encensée par d’autres que celui qui avait enchaîné sans retour ma destinée, je ne respirais que pour le plaisir de lire dans son regard que j’étais jolie et que j’étais aimée.
Ernest Daudet – 31 mai 1837, Nîmes ; 21 août 1921, Les Petites Dalles (Seine-Maritime)
Écrivain par vocation et détermination, Ernest Daudet échappa tôt à la carrière commerciale imposée par son père pour se consacrer exclusivement à l’écriture. Sa place de secrétaire au Sénat lui laissant toute latitude d’exercer sa passion, il fut d’abord journaliste dans quelques journaux de province, puis parisiens, avant d’aborder la littérature. À côté des romans et du théâtre, il fut l’auteur de très nombreux ouvrages d’histoire, aussi bien documentés qu’agréables à lire. Moins célèbre que son cadet Alphonse, il laissa pourtant une œuvre plus riche et plus diversifiée.
Introduction
- Au château de Drottningholm
- Le favori du roi
- Comment naît l’amour
- Bonheur détruit
- Après la mort de Gustave III
- Convoitises de prince
- Sur les chemins de l’exil
- À travers une correspondance
- Suite du précédent
- Encore des lettres
- Armfelt en Italie
- Madeleine en prison
- Conflit entre Naples et Stockholm
- Le supplice d’une innocente
- Épilogue