Figures de Vendée

Georges Clemenceau

Retour ému, quoiqu’un peu distant, d’un Vendéen devenu Parisien dans les profondeurs de la région qui l’a vu naître.
Du bord de mer en passant par le marais ou le bocage, ses longues promenades à pied, en chasseur ou en simple curieux, lui donnent l’occasion de nous présenter ceux qui ne sont jamais partis.
Une émouvante collection de portraits croqués sur le vif : petites gens « dans leur jus » d’une vie immuable depuis des siècles, habiles à des métiers disparus, façonnés sur des générations par des paysages aujourd’hui nivelés…
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ISBN : 978-2-38371-008-0
9782383710080 2,49 €
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Tout au contraire, à deux pas de là, une jolie enfant de trois ou quatre ans surveille un gros bébé flasque et mou, étalé sur la fougère, lequel ne fut pas mouché, je pense, depuis qu’il a vu le jour. Une quenouille de lin ébouriffée sous un bonnet terreux, avec un petit nez retroussé plein de malice, des yeux de charbon, de belles joues mordues du soleil, voilà la jeune Lucie dont ma destinée fut d’être l’ami pendant toute une heure. Une poule jaune, cherchant des vers, était visiblement de la famille. Un petit garçon de dix ans avec une chèvre blanche tourmentaient, chacun à sa façon, le buisson voisin.

Surpris du tableau, j’avançais, sans que poule, enfants, ni batteuse de boue prissent garde à ma venue. Une curiosité, pourtant, m’arrêta, et ne sachant trop de quel propos solliciter l’attention de mes compagnons de rencontre, je posai la question de savoir où se trouvait le prochain verre d’eau. La lessiveuse, alors, cessant d’agiter ses guenilles, se leva brusquement, et je vis une petite chose parcheminée, sans âge, sans couleur, sans regard et sans voix, qui, d’un geste, me fit signe de la suivre. J’obéis, devenu muet à mon tour. Et voilà que la petite et le bébé, et la poule, nous accompagnent, à travers les ronces, jusqu’au creux d’une ancienne carrière, à cent pas de là, où se révèle à moi la hutte de Robinson.

C’est une construction de terre et de branchages, comme celles que durent inventer nos antiques parents au sortir des cavernes primitives, si bien fondue de glaise avec le terrain d’alentour que, sans le trou noir de l’entrée, on ne s’aviserait pas, d’abord, qu’un troglodyte vit là. Devant sa porte, le sauvage, assis sur une souche, panse sa jambe saignante, blessée par un éclat de caillou sans doute, car la petite masse, à ses pieds, le révèle casseur de pierres. La femme, d’une voix saliveuse d’édentée, explique à son homme ma requête :
– Entrez, fait l’autre, noblement.

Georges Clemenceau

Georges Clemenceau ; 28 septembre 1841, Mouilleron-en-Pareds – 24 novembre 1929, Paris.
Médecin fils de médecin, il s’orienta très tôt vers la politique.
Maire, député, président du Conseil, sénateur, il ne s’arrêta que devant la dernière marche en refusant de se présenter à l’élection présidentielle de 1920 – il avait 79 ans.
La gloire de Clemenceau n’a pas terni. Ce que l’on sait moins, c’est que le Tigre avait aussi un joli brin de plume.
Il a écrit plusieurs ouvrages de littérature, qui lui valurent d’ailleurs un fauteuil à l’Académie Française en 1918, et qui méritent d’être redécouvertes.

I – La Tranche-sur-Mer

II – La « Jeune Espérance »

III – La chasse aux cailles

IV – Surprise de chasse

V – Lavabo

VI – Le buisson qui marche

VII – Au bord de l’eau

VIII – Un sauvage

IX – Chez les Anglais

X – Les deux Antoine

XI – La messe au village

XII – Six-Sous

XIII – Faustine au village

XIV – Fleur-de-Froment

XV – Bouvreuil et sabotier

XVI – Joseph Huguet

XVII – Mademoiselle Stéphanie

XVIII – Jacquille

XIX – C’est toujours mieux que de voler

XX – Le renard gris

XXI – Maître Baptiste, juge

XXII – Jacques Fagot

XXIII – La fête de Jean Piot

XXIV – La roulotte