Qui de nous pourrait survivre à un voyage de trois mois au XIXe siècle ? Sans avions, sans téléphone ni internet, sans console ni Journal de 20 heures ni gel douche ni linge de rechange, sans pouvoir réserver ni bateau ni hôtel, ni prévenir les amis qu’on vient d’arriver. Mais avec un pistolet chargé, parce qu’ainsi va la vie. Et pourtant, les nouvelles circulent. Tout le monde parle à tout le monde, à l’intérieur de conventions sociales strictes mais connues et respectées. L’aventure est immanquablement au coin de la rue ; on y fait face, avec ingéniosité et fermeté. Et ça passe. Une lecture aussi instructive que divertissante. (Édition annotée. Ebook uniquement.)
Mais laissons les pots et parlons des gens. À Galatz, quand je montai à bord, précédé par mes bagages, parmi lesquels étaient à découvert un damas, un poignard, deux pistolets turcs et un fez, les passagers qui étaient sur le pont se doutèrent que je venais des pays lointains, et probablement de Constantinople, dont les nouvelles intéressaient tout le monde, de manière qu’avant même que j’eusse pu faire placer mes effets et choisir ma cabine, j’étais entouré de curieux et accablé de questions en moldave, en valaque, en serbe, en bulgare, en turc, en esclavon, toutes langues dont je ne sais pas un mot. Je tirai mon chapeau à tout le monde en leur disant, en bon français, que j’étais enchanté de faire leur connaissance et que j’aurais l’avantage de leur répondre aussitôt que j’aurais appris les langues diverses dans lesquelles ils me faisaient l’honneur de m’interroger. Ma réponse fut accueillie d’un éclat de rire de tout le cercle, car, à mon grand ébahissement, la bonne moitié des gens qui me questionnaient en si bizarres langages entendaient le français et quelques-uns le parlaient fort bien : c’étaient des boyards, des négociants, des ex-administrateurs des pays que nous venions de traverser. Je leur dis que j’allais choisir mon lit, loger mes hardes, et que j’étais ensuite à leurs ordres.
Jacques Boucher de Perthes – 10 septembre 1788, Perthes ; 5 août 1868, Abbeville.
Issu de l’aristocratie ardennaise, Jacques Boucher de Crèvecœur – qui obtint en 1818 l’autorisation de reprendre le nom de sa mère, de Perthes – fit officiellement sa carrière dans l’administration des douanes, mais il suivit en fait sa passion pour la préhistoire, et en particulier l’étude des origines de l’homme. Sa théorie sur l’histoire antédiluvienne de l’humanité suscita de féroces résistances chez les érudits de l’époque, mais les preuves de terrain finirent par lui donner raison. Finalement reconnu comme un des pionniers de la paléontologie, ses ouvrages font encore autorité.
Introduction. – Sujet et durée du voyage.
- – Départ d’Abbeville. Une voyageuse. Causerie de route. Paris. Lyon.
- – Les bords du Rhône. Les dames. Les archéologues et les buveurs de bière. Les portefaix d’Avignon.
- – Départ d’Avignon. Tarascon, Castelet, Nîmes, Arles, Marseille.
- – Toulon., Draguignan., Fréjus., Cannes., Antibes., Nice., Menton., Savone., Gênes.
- – Gênes et mes souvenirs : revue rétrospective.
- – Gênes, la Bochetta, Turin, Milan, Côme et son lac.
- – Retour à Milan, Treviglio, Brescia, Lonato, Dezenzano, Peschiera, Castelnuovo, Vérone, Montebello, Vicence, Padoue.
- – Venise. L’hôtel et les caméristes.
- – Venise, ses monuments et ses industries.
- – Venise et les Vénitiennes.
- – Venise, son peuple et ses maîtres.
- – Départ de Venise. Padoue.
- – Départ de Padoue. Rovigo.
- – Rovigo, Ferrare Bologne.
- – Bologne, Pistoia, Florence.
- – Florence, Pise, Livourne.
- – Florence. L’Arno et la difficulté d’en approcher. Départ pour Sienne.
- – Sienne. Départ pour Rome. Radicofani, Ponte-Centino, Acquapendente, Bolsena, Orvieto, Montefiascone, Viterbe, Ronciglione.
- – Rome.
- – Rome. Le Tibre et son eau.
- – Rome. Voyage à Tivoli. L’orage. La villa Hadrien. Retour à Rome.
- – Rome. Le pape, les cardinaux, les équipages.
- – Départ de Rome. Albano, Velletri, Cisterne, Terracine, Portello, Fondi, Itri, Gaète, Capoue, Aversa.
- – Naples, Pausilippe, Agnano, la Solfatara, Pouzzoles.
- – Voyage à Procida et à Ischia.
- – Naples, ses églises, son musée, ses promenades.
- – Promenade à Pompéi. Ascension du Vésuve.
- – Torre Annunziata, Nocera. Course à Sorrento, Amalfi, Salerne et Paestum. Castellammare, Torre del Greco, Resina, Portici. Retour à Naples.
- – Départ de Naples. Traversée. Capri, Palerme. Un mauvais bain.
- – Palerme.
- – Promenade à Monreale. Le couvent des capucins. Le campo santo.
- – Départ de Palerme. Route de Palerme à Catane.
- – Catane, Syracuse, l’Etna, Messine.
- – Messine. L’hôtel du Belvédère.
- – Messine et ses monuments.
- – Messine, ses promenades, ses environs.
- – Départ de Messine. Route de Malte.
- – Arrivée à Malte. Départ pour la Grèce.
- – Suite de la traversée de Malte en Grèce. L’Élide, Navaria, la Morée, les Cyclades, Syra.
- – Départ de Syra pour Athènes. Voyage manqué. Retour à Syra.
- – Réflexions sur Athènes par un homme qui n’y a passé qu’un jour.
- – Retour à Syra. Départ pour Smyrne. Smyrne.
- – Smyrne. Les brigands invisibles. Yani-Catargi.
- – Smyrne. Yani-Gatargi. Derviches tourneurs.
- – L’incendie. Bésika. Les flottes. Les Dardanelles. Sestos et Abydos.
- – La mer de Marmara. San-Stephano. La Corne d’Or. Vue de Constantinople.
- – Constantinople. Un bain dans le Bosphore.
- – Constantinople. Ses mosquées. L’hippodrome.
- – Constantinople. Ses rues, ses dames, ses chiens. Un concert monstre.
- – Constantinople. Intérieur des maisons turques. Caïques. Promenade autour des murailles. L’église des poissons. Sainte-Sophie.
- – Constantinople. Scutari. Les derviches hurleurs.
- – Constantinople. Bains turcs. Scutari. Kadi-Keuï. Coup de pistolet. Sublime Porte.
- – Promenade aux îles des Princes. Les Sirènes. Un malheur.
- – Constantinople. Le Sultan. Eaux douces d’Asie.
- – Constantinople. Eaux d’Europe. Les Turcs et leur vie.
- – Enterrement. Voyage à Modania et à Brousse.
- – Retour à Constantinople. Inquiétude.
- – Départ de Constantinople. Le Bosphore. Thérapis. Budjukderé. La flotte turque.
- – La mer Noire. La Circassienne. Les Turques.
- – Bourgas. Les Balkans. La Roumélie. Varna. La tempête. Sébastopol de loin. L’embouchure du Danube. La barre. Dangers.
- – Soulineh. Flotte marchande. Bessarabie russe. Cosaques.
- – Bulgarie. Toulesia. Les moulins. Ischakcha. Timarova. Le Pruth. La Moldavie.
- – Galatz. Le lazaret. Troupes moldaves. Camp russe. Ibraïlow.
- – Les camps. Hirsowa. Silistria. Rustzuck. Giurgevo.
- – Istova. Turschuk. Nicopolis. Détails sur Odessa. Tempête de rivière. Le cuisinier et la salade.
- – Les tombelles. Vidin. La Serbie. Pont de Trajan. Passage des Portes de Fer. Orsova.
- – Belgrade. Semlin. L’esclavonie militaire. Carlowitz. Peterwaradin. Wukova. Les moulins et les meuniers
- – La Hongrie. Bude. Pest. Comorn. Presbourg. Arrivée à Vienne.
- – Une première nuit à Vienne. M. de Hammer. La cathédrale. Le Belvédère. Ambras.
- – Schönbrunn. Suite de Vienne.
- – Brünn. Prague. Dresde. Berlin.
- – Berlin. Charlottenburg. Postdam. Arrestation. Départ.
- – Magdebourg. Hanovre. Düsseldorf. Le Rhin de Cologne à Mayence. Bonn. Andernach. Coblence. Johannisberg.
- – Mayence. Wiesbaden. Francfort
- – Hombourg. Darmstadt. Rastadt. Kehl. Strasbourg. Retour à Paris. Abbeville.