L’ardente Sicile

Inferno e Paradiso

Camille Mauclair

Certes l’auteur se revendiquait plus comme « écrivain d’art » que comme « historien d’art »;  il n’en demeure pas moins que l’alliance de sa sensibilité aiguisée et de sa grande érudition donne à ce voyage une profondeur qui le sort définitivement des aventures touristiques. Il nous présente ici les lieux les plus marquants de la Sicile, et son retour par la Campanie clôt ce périple, aussi dépaysant pour nous aujourd’hui, dans un autre temps, qu’il l’avait été pour lui, si loin de son univers parisien. (Édition annotée.)

Acheter le livre

ISBN : 978-2-38371-094-3
9782383710943 12,00 €
Acheter le livre

Acheter l'ebook

ISBN : 978-2-38371-095-0
9782383710950 2,49 €
Acheter l'ebook


Je songeais, en redescendant les pentes de la colline vers Palerme où les premiers fanaux scintillaient, que pour « une époque de ténèbres », ainsi que le professent les cuistres et les libres penseurs de la basse politique, celle qui a produit le Duomo de Monreale, la Chapelle Palatine de Palerme, Saint-Marc de Venise, la cour de Roger, de Guillaume, de Frédéric II, Dante, Saint Thomas d’Aquin, et qui allait produire, après Saint François d’Assise, Giotto, Saint Louis et la Sainte Chapelle de Paris, entre tant d’autres « chères vieilles petites choses », je songeais que cette époque n’était vraiment point si indigne de notre sublime époque de phonos, de klaxons, de poésie surréaliste et de « machines à habiter » en ciment armé, le tout sous l’égide du Progrès. Je me demandais même si les auteurs des nefs et des mosaïques de Monreale avaient une idée de ce que peut bien signifier le mot Progrès. Ces pauvres gens ignoraient en tout cas l’importance de cette signature que le moindre plumitif ou peintre d’esquisses tient si fort à mettre au bas de son petit travail. Ils étaient anonymes, et n’en prenaient nul souci : nous ne savons quelquefois leurs noms que par les archives, les livres de comptes où étaient inscrits leurs salaires. Mais ils sont plus vivants que nos vivants. Leurs âmes sont ici fixées dans les gemmes et dans l’or, dans une immortelle Assomption aux voûtes créées par leur génie, au-dessus de la cité fleurie, entre les monts, le ciel et l’azur éternel de la mer.

Camille Mauclair

Camille Mauclair, nom de plume de Camille Laurent Célestin Faust, 29 novembre 1872, Paris – 23 avril 1945, Paris.

Encore étudiant à la Sorbonne, c’est sa rencontre avec Mallarmé qui va donner à sa carrière sa première impulsion et la direction qu’elle ne quittera plus. Historien et critique d’art, critique musical, écrivain, poète et pastelliste à ses heures, il fut considéré comme un des meilleurs  spécialistes du symbolisme, et il a laissé sur le milieu artistique de son époque des témoignages précieux. Son discernement artistique finit pourtant par subir l’influence d’opinions politiques obscures, qui l’entraîneront à des prises de position fâcheuses. Nous ne retiendrons de cette personnalité sensible et complexe qu’une œuvre de haute qualité et des textes impérissables.

  1. Les filles du feu
  2. Syracuse
  3. Les grands temples
  4. Le charme de Palerme
  5. En Campanie